Guide
Suivre la charge d’entraînement avec le RPE
L’échelle RPE, la charge de séance (RPE × durée), la charge hebdomadaire et ses limites : comment suivre la charge interne de vos sportifs au quotidien.
Mesurer ce que l’entraînement coûte réellement à un sportif ne nécessite pas forcément de capteurs. Le RPE, une note de difficulté donnée par le sportif lui-même, permet de suivre la charge d’entraînement avec une grande simplicité, quel que soit le type de séance. Ce guide explique comment recueillir cette note, la transformer en charge de séance avec la méthode session-RPE de Foster, et en tirer des indicateurs utiles sans lui faire dire plus qu’elle ne peut.
Ce que mesure le RPE
Le RPE (de l’anglais rating of perceived exertion) traduit l’effort perçu. La version la plus répandue pour suivre la charge s’appuie sur l’échelle CR-10 de Borg, graduée de 0 à 10, où chaque valeur est associée à un libellé verbal. Les libellés exacts varient selon les adaptations ; le tableau ci-dessous donne des repères indicatifs.
| Note | Repère verbal |
|---|---|
| 0 | Repos |
| 1 à 2 | Très facile à facile |
| 3 | Modéré |
| 4 à 5 | Un peu difficile à difficile |
| 6 à 8 | Très difficile |
| 9 à 10 | Extrêmement difficile à maximal |
Il faut distinguer deux usages. En musculation, on parle parfois de RPE à l’échelle d’une série, pour estimer combien de répétitions le sportif avait encore en réserve. Ici, il s’agit du RPE de séance : une note globale qui résume la difficulté de l’ensemble de l’entraînement.
La question posée doit rester la même d’une fois sur l’autre, par exemple : « Comment as-tu trouvé ta séance dans son ensemble ? ». Dans le protocole décrit par Foster, la note est recueillie une fois la séance terminée, avec un délai d’environ une demi-heure, pour éviter qu’elle ne soit dominée par les dernières minutes de l’effort.
Calculer la charge d’une séance
La méthode session-RPE multiplie la note de séance par la durée de la séance en minutes. Le résultat s’exprime en unités arbitraires (UA).
charge de séance (UA) = RPE de séance × durée (minutes)
Prenons un sportif qui fait une séance de musculation de 60 minutes et la note 7. Sa charge de séance vaut 7 × 60 = 420 UA. Le lendemain, un entraînement technique de 75 minutes noté 4 donne 4 × 75 = 300 UA. La seconde séance, plus longue, a donc pesé moins lourd que la première.
L’intérêt de la méthode est de rendre comparables des séances de nature différente : musculation, course, entraînement collectif, match. Elle tient compte à la fois de l’intensité ressentie et du temps passé à s’entraîner. Pour la durée, choisissez une convention et tenez-vous-y, par exemple la durée totale échauffement compris, récupérations comprises.
Lire la charge sur la semaine
En additionnant les charges de séance, on obtient la charge hebdomadaire. Foster a également proposé deux indicateurs complémentaires :
- La monotonie : la moyenne des charges quotidiennes divisée par leur écart-type. Elle est élevée quand toutes les journées se ressemblent, faible quand la semaine alterne jours durs et jours légers.
- La contrainte (strain) : la charge hebdomadaire multipliée par la monotonie. Elle augmente quand la charge est à la fois importante et peu variée.
Exemple chiffré
Prenons une semaine type pour un sportif de sport collectif, avec deux jours de repos (charge nulle) :
| Jour | Séance | Durée (min) | RPE | Charge (UA) |
|---|---|---|---|---|
| Lundi | Musculation | 60 | 7 | 420 |
| Mardi | Technique | 75 | 4 | 300 |
| Mercredi | Repos | 0 | 0 | 0 |
| Jeudi | Entraînement collectif | 80 | 6 | 480 |
| Vendredi | Activation | 40 | 5 | 200 |
| Samedi | Match | 60 | 9 | 540 |
| Dimanche | Repos | 0 | 0 | 0 |
La charge hebdomadaire est de 1940 UA, soit une moyenne d’environ 277 UA par jour. L’écart-type des sept valeurs quotidiennes est d’environ 204 UA, ce qui donne une monotonie d’environ 1,36 et une contrainte d’environ 1940 × 1,36 ≈ 2640 UA.
Ces chiffres n’ont pas de valeur dans l’absolu. Ils prennent leur sens lorsqu’on les compare d’une semaine à l’autre pour un même sportif, calculés toujours de la même façon.
Comparer les semaines entre elles
La lecture la plus utile est souvent la plus simple : observer l’évolution de la charge hebdomadaire dans le temps. Une hausse brutale d’une semaine à l’autre, par exemple au retour de vacances ou lors d’un stage, mérite une attention particulière. Une progression régulière, entrecoupée de semaines plus légères, est généralement plus facile à absorber.
Certains préparateurs utilisent aussi le rapport entre charge aiguë et charge chronique (ACWR) : la charge de la semaine en cours divisée par la moyenne des quatre dernières semaines. Ce ratio est aujourd’hui débattu, tant sur son mode de calcul que sur les seuils parfois présentés comme des zones de risque. Il peut aider à repérer une rupture de tendance, mais ne doit pas être utilisé comme un prédicteur de blessure ni comme un seuil de décision automatique.
Un indicateur de charge sert à poser une question (« pourquoi cette semaine a-t-elle autant augmenté ? »), pas à y répondre seul. La décision reste celle de l’entraîneur, éclairée par le contexte et par l’échange avec le sportif.
Comparer le prévu et le ressenti
Le RPE devient encore plus parlant lorsqu’il est comparé à la difficulté que vous aviez prévue. Si vous programmez une séance de récupération à 3 et que le sportif la note 7, quelque chose ne correspond pas : fatigue accumulée, sommeil insuffisant, charges mal calibrées, ou simplement une consigne mal comprise.
À l’inverse, des séances lourdes systématiquement notées faciles peuvent indiquer que les références de charge sont dépassées. Le guide calculer son 1RM explique comment les remettre à jour. Sur un cycle entier, ce suivi aide à vérifier que la structure prévue dans un programme sur plusieurs semaines correspond à ce que vit réellement le sportif.
Limites et bonnes pratiques
Le RPE est une mesure subjective. C’est à la fois sa force, puisqu’il intègre tout ce que vit le sportif, et sa faiblesse. Quelques précautions améliorent sa fiabilité :
- Expliquer l’échelle dès le départ et la rappeler régulièrement, en particulier aux jeunes sportifs.
- Recueillir la note individuellement, sans que le sportif voie celle de ses coéquipiers, pour limiter les effets de groupe.
- Garder le même moment de recueil et la même question d’une séance à l’autre.
- Suivre chaque sportif par rapport à lui-même : deux sportifs n’utilisent pas l’échelle de la même façon, et comparer leurs notes brutes a peu de sens.
- Croiser avec d’autres informations : sommeil, fatigue, courbatures, douleurs. Un questionnaire de bien-être quotidien complète utilement la charge de séance.
Enfin, le RPE ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Une douleur persistante ou inhabituelle doit être signalée et prise en charge, quelle que soit la charge calculée.
Dans WINAMOOV
Dans l’application sportif, chaque séance se termine par un RPE de 0 à 10, quatre curseurs de ressenti (sommeil, stress, fatigue, courbatures), un commentaire et un signalement de douleur facultatif qui prévient l’entraîneur. La fiche du sportif affiche le RPE prévu et le RPE ressenti des cinq dernières séances.
WINAMOOV ne calcule pas automatiquement la charge de séance, la charge hebdomadaire, la monotonie ou l’ACWR : vous pouvez les calculer à partir des RPE et des durées enregistrés. Le suivi santé et bien-être ajoute un questionnaire quotidien et des alertes envoyées à l’entraîneur en cas de surcharge, de fatigue élevée ou de douleurs actives.